Taachourt

Publié le par Kostani Ben Mohamed

Ta3chourt, est une fête, carnaval, rite bien ancré dans la société marocaine. Sans entrer dans les détails bien complexes, je vais essayer d’ouvrir quelques entrées qui peuvent aider à mieux saisir le sens, les sens de cette prestigieuse cérémonie.

Bien que plusieurs auteurs aient déjà essayé de décrire et expliquer le rite_ Westermarck, Laoust, Mouliéras, Lévi_Provençal, Abdellah Hammoudi et autres_ il reste un phénomène culturel plein de sens et d’inspiration. Je vais ici aborder le sujet selon 4 approches essentielles :

I_L’approche anthropologique : qui essaye de saisir la dimension humaine et universelle du rite, en expliquant Ta3chourt, Bilmawn, Ba_chikh ou Ba_chi…Tantôt dans la catégorie des rites de passage (grossesses, naissances, initiations, rites funéraires.) tantôt dans les rites du renouveau (les fêtes des solstices surtout, les portes du ciel selon imazighn_ Jean Servier. Les portes de l'année. Rites et Symboles. L'Algérie dans la tradition méditerranéenne) on ne doit pas oublier que les Imazighns suivaient avant l’arrivé des arabes le calendrier solaire (peut être calendrier des cultivateurs contre le calendrier lunaire peut être nomade). Suivant ces indices, le carnaval de Ta3chourt et la fête de Nayer (Idsgass, nouvel an amazigh) n’étaient peut être qu’une seule fête, peut être Bianou, la fête qui existe encore chez les Touareg (Claudot-Hawad, Hélène. – Éperonner le monde. Nomadisme, cosmos et politique chez les Touaregs Aix-en-Provence, Édisud, 2001, 199 p.) plusieurs indices renvoient vers le renouveau : les objets utilisés, les mots, les symboles… Pour raison d’espace je vais me limiter à quelques exemples :

_L’aspersion de l’eau : dans toutes les civilisations renvoie à la purification avant d’entamer le nouvel an…dans certaines régions, on nettoie toute la maison et tous les meubles avant le nouvel an, certaines tisseuses s’ils n’ont pas finit leurs tissages elles le cachent hors maison jusqu’à l’avènement du premier jour de la nouvelle année…

_Le feu : renvoie à la lumière, le nouveau jour, la nouvelle année…

_Mghar kechbou : Bien que le masque cache l’identité et permet de devenir autre, ici il s’agit surtout d’un masque qui ridiculise la vieillesse (Akchbou contre Ansfal), et renvoie au lutte des âges comme on explicitera plus par l’approche politiste…

_Œuf : fécondité…

_Obscénités : Audace des jeunes, viol des tabous…

Pour l’anthropologue le rite produit, construit, pérenne l’identité, marque, et démarque, on parle d’Oudayn, mais on se démarque d’eux, des versions du rites finissent par des ablutions à la mosquée… tout cela au biais des portes, des entrés, des sorties, des limites…

II_ L’approche ethnologique : essaye de puiser dans l’histoire et les apports des civilisations différentes, la mythologie veut que le jour de Ta3chorte remonte aux origines de l’humanité même, le jour ou Adam tomba du ciel, le jour ou Noé retrouva la terre…Avec le judaïsme, c’est le jour bien sûr ou Dieu sauva Moez du pharaon, mais la célébration du renouveau est aussi très vécue chez les grecs et les romains, jour des prostitutions sacrés, des orgies libres, et même d’un personnage vêtu de peau de bouc qui erre dans les rues des villes et sème sa bénédiction… et puis vint bien sûre L’Achoura chiite qui n’est que la célébration du jour de l’assassinat de Sidna Lhoussain petit fils du prophète (SAW)…donc, on est devant une sédimentation de signes qui se croisent et se mélangent où l’on se perd, et méthodologiquement, chercher le pure c’est passer à coté de l’objet.

III_ L’approche sociologique : c’est ce que l’on fait avec le rite qui intéresse les sociologues, ici le carnaval, nivelle les différences, inverse les rôles, critique les inégalités, les abus, change sans transformer, c’est un peu la presse des société sans presse…

IV_ L’approche politique : Ta3chourte selon Abdellah Hamoudi « la victime et ses masques, le maître et le disciple » est une fête de jeunes qui réclament le pouvoir dans les société où ce dernier est souvent une affaire de vieux… « Adikheless » que réclament "oudayn" n’est il pas une inversion de rôle envers les dîmes, les tributs …

V_ L’approche culturel et artistique : pour les littéraires et les artistes, Ta3chourt, Bilmawn, Lbsat… sont les ancêtres du théâtre….

Dans chaque rite, il existe une certaine philosophie, qui est souvent celle du retour à la nature, mais à condition de bien respecter_ comme disent les gourous- et les lois du rite et les lois de la nature, si non on peut parfois déranger on voulant arranger.

Publié dans Anthropologie

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